J'avais essayé tout ce que 26 ans de formation m'avaient appris :
Lisinopril 10 mg par jour — IEC standard. La première chose que tout néphrologue prescrit. Sa tension a tellement baissé qu'elle a failli s'évanouir en descendant du trottoir devant l'église. Sa créatinine est montée de 25 µmol/L au cours des deux premières semaines — la « hausse initiale attendue » que j'avais expliquée à mille patients. Son DFG continuait à baisser quand même.
Losartan 50 mg — Changement quand le Lisinopril est devenu insupportable. Toux sèche persistante au point qu'elle ne pouvait pas tenir un office du dimanche sans quitter le banc. Le potassium est monté à 5,8. Les chiffres bougeaient toujours dans la mauvaise direction.
Régime pauvre en protéines, 0,6 g/kg — Elle l'a suivi comme une religion. Pesait ses aliments. A renoncé au pot-au-feu, au gigot du dimanche, aux blanquettes qu'elle cuisinait depuis notre mariage. Onze mois. Sa créatinine a grimpé quand même.
Protocole pauvre en potassium et phosphore — Plus de bananes. Plus de pommes de terre. Plus de fromage. Manger comme si on la punissait. Tous les chiffres de ses bilans continuaient à bouger dans le mauvais sens.
Furosémide 40 mg — Pour les œdèmes et la rétention. A vidé ses électrolytes, écrasé son énergie, l'a laissée assise par terre dans la salle de bain à 14h un mardi, trop faible pour se lever. Et la mousse dans les toilettes le matin ? Toujours là.
Protocole de bicarbonate de sodium — Intervention reconnue. Démontrée pour ralentir la progression chez les patients en acidose. Pris fidèlement pendant quatre mois. Son bicarbonate s'est normalisé. Son DFG continuait à chuter.
Compléments « soutien rénal » — Canneberges. Cordyceps. Rehmannia. Ceux qui ont 4 000 avis sur Amazon. 165 € par mois en flacons qui s'empilaient sur le plan de la salle de bain. Sa créatinine a atteint 256 µmol/L le mois où elle a fini la dernière boîte.
Le protocole naturopathe à 750 € — Cure herbale rénale. Trois semaines de tisanes, de teintures et un régime tellement restrictif qu'elle a perdu cinq kilos qu'elle n'avait pas à perdre. Son bilan suivant était le pire qu'elle ait jamais eu.
Rien ne fonctionnait plus de quelques semaines.
Les « experts » ne valaient pas mieux.
Sa néphrologue à l'Hôpital Tenon — Dr. Catherine Moreau, spécialiste reconnue, qui voyait Sylvie tous les 90 jours depuis trois ans — n'arrêtait pas d'ajuster les traitements, de surveiller les chiffres, de dire « on gère la progression ». Gérée tout droit du stade 3 au stade 4 en vingt-deux mois.
Ce matin-là, en regardant ma femme brillante et vive — une femme qui avait monté son propre salon de coiffure à partir de rien, élevé trois enfants, présidé l'association des parents d'élèves de notre commune pendant onze ans — assise au bord de notre lit avec ses résultats à la main et son alliance sur la table de nuit parce que ses doigts étaient trop enflés pour la porter...
Quelque chose s'est brisé en moi.
Je n'allais pas regarder la femme que j'aimais depuis vingt-neuf ans s'asseoir dans une « consultation préparatoire » pendant qu'un spécialiste lui détaillait les horaires de dialyse.
Je n'allais pas la regarder se tenir debout au-dessus des toilettes à 4h du matin, seule dans le noir, à examiner de la mousse.
Je n'allais pas accepter que la femme qui illuminait chaque pièce planifie maintenant toute sa vie autour de la fatigue qui la frapperait avant midi.
J'allais trouver la solution.
Ou mourir en essayant.
La Découverte Qui M'a Sidéré
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